sept janvier deux mille quinze

GENERALI Q a) copie

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COLONIE.

Leur croissance fut lente, suffisamment longue pour passer inaperçue. La ceinture de satellites transmettait les prises de vues vers les opérateurs sur la Terre, installés derrière leur pupitre. Vues de l’espace, ces étranges constructions n’éveillèrent pas leur curiosité, non seulement parce que vues d’en haut, elles ne ressemblaient nullement à des constructions mais aussi, le phénomène avait pris naissance depuis déjà plusieurs années. Jour après jour, leur croissance molle fit oublier qu’initialement, n’existait rien d’autre à cet endroit  que l’identique paysage alentour : la caillasse et l’herbe roussie.

Un randonneur solitaire se perdit en chemin : c’est lui qui prit les photos au sol. Il ignorait totalement l’importance de sa découverte. Ce n’est qu’après plusieurs mois qu’il publia un cliché sur les réseaux sociaux.  Mal lui en prit, le soir même, il recevait la visite d’un trio en uniforme et armé qui ne lui laissa d’autre alternative que de les suivre jusqu’à  leur véhicule. Il fut longuement questionné mais n’eut le loisir de découvrir ni le lieu de l’interrogatoire ni les personnes dont les voix sortaient d’un écran de lumière vive.

Ce n’est qu’à partir de cette entrevue que les photos prises de l’espace furent comparées entre elles. Dans les bureaux des services secrets de l’armée, l’impact fut psychologiquement douloureusement ressenti. A partir de rien sur une période de trois ans et quatre mois, d’étranges constructions aux formes arrondies s’étaient formées sans que rien ne semble y avoir aidé de l’extérieur. Les premières photos montraient une simple excroissance qui ressemblait à un champignon blanc, une sorte de grosse vesse-de-loup. A partir de ces premières images, pas de quoi rameuter la communauté scientifique. A présent, différentes instances se disputaient le droit d’arriver en premier sur place : la recherche biologique en milieu exoplanétaire, la répression anti-cannabis en milieu fermé, un centre de théologie comparée, un bureau d’architectures strato-sphériques ; la liste était longue, hérissée de titres ronflants ou farfelus, souvent les deux. C’est l’armée qui s’y rendit en premier, enfin leurs dirigeants le croyaient avant de déposer leurs hélicoptères non loin des étranges bâtisses sphériques. Par un des mystères des services échangés via Internet, en l’absence de permis de bâtir, le Cadastre y avait délégué deux employés assermentés, avant tout le monde.

Le randonneur perdu n’avait pas menti : assoiffé, il s’était approché des sphères pour demander de l’eau mais  l’intérieur des immeubles semblaient inaccessibles. Nulle barrière ou autre moyen de défense. Simplement, ce qui ressemblait pourtant à des habitations n’était pourvu d’aucun moyen d’accès. Aucune porte ou écoutille sur ces curieuses sphères ne permettaient de communiquer. Des hublots opaques garnissaient la plupart d’entre elles, mais scellés dans la masse, ils n’offraient pas plus d’ouverture ni de visibilité sur le contenu.

Le soleil déclina, se coucha et dans l’attente d’un jour nouveau, les militaires décidèrent de bivouaquer sur place pendant qu’un des représentants du Cadastre tapait son rapport sur son portable.  Le voile noir de la nuit finit par couvrir l’ouest et à ce moment, ils l’entendirent. Cela venait des curieux bâtiments tout en rondeur : quelqu’un jouait d’un instrument de musique : du violoncelle.  Aucun air connu, ce n’était d’ailleurs pas à proprement parler un air de musique. Cela n’en avait ni la cohérence ni  l’atteinte mélodieuse. Il s’agissait tout au plus d’une suite de notes longues ou courtes. Le militaire chargé des transmissions comprit le premier : « DU MORSE, C’EST DU MORSE ! ».

Ses supérieurs lui demandèrent de traduire et de répondre. Mais que répondre à « Ceci est un observatoire » ? Les chefs ordonnèrent au militaire de demander ce qu’ils observaient.

Le violoncelle répondit : « Les humains »

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Parking

Lionel empoigne le manche de la pioche, imprime un mouvement de balancier : la tête de l’outil percute le mur du fond du garage. Il frappe, sans force. Surtout pas de toutes ses forces : bien qu’il en ait encore un paquet en réserve, l’impact du métal distillerait ses vibrations dans les articulations des épaules. Il ne peut plus se le permettre. Trop amochées les épaules, par son premier boulot, la sculpture de pierres de tailles. Des croix pour la plupart, des madones larmoyantes aussi, et des angelots qui dans les cimetières, devaient répondre aujourd’hui aux attaques des gels hivernaux.

Avant, c’était le printemps de sa vie : un boulot, une femme et deux gosses. D’une certaine façon, c’est lui qui les a quittés. Pas vraiment qu’il en ait pris la décision : les instances judiciaires le firent à sa place. Il avait retrouvé sa famille neuf ans plus tard. Mais d’un côté comme de l’autre des murs, ils avaient changé. Le temps était devenu élastique, leurs visites à la prison s’étaient espacées. Enfin du côté de la liberté, ils finirent par se rencontrer moins encore.

S’il regrettait ? oui. Il avait accepté par défi ou peut-être parce qu’il s’ennuyait dans sa nouvelle profession qui ne lui convenait pas. Gardien de prison, c’est ce qu’il avait trouvé de mieux en attendant il ne savait quoi. Il avait été obligé de changer, les frappes sur les cailloux l’abimaient trop. Le temps passa.

Participer au casse, le préparer surtout, peaufiner le mouvement horlogique de la fuite, il en avait ressenti une telle jubilation que la seule pensée de l’illégalité de son geste ne l’effleurait plus. De son emploi de gardien de prison, il passa un contrat complémentaire auprès des malfrats. Des gars sympas au demeurant ; il les avait connu en tant que prisonniers. Avec un peu trop de copinage sur place. Après leur libération, Lionel organisa un barbecue en leur honneur. Cela se passa au cours de ces retrouvailles, en dehors des murs noirs. Ils vidèrent quelques verres de vin. Il était tard quand sa femme rejoignit la chambre à coucher. L’un d’eux présenta une idée géniale : une bijouterie jamais atteinte, mal protégée.

Mais l’informateur s’était gouré, ses révélations n’étaient pas à jour et le casse perpétré, la police n’eut aucune peine à retrouver chacun d’eux grâce à la vidéo de surveillance. Lionel en prit pour plus que son grade. Un gardien de prison qui bascule,  comprenez, faut un exemple !

Eldorado 1966, moteur V8 de 7 litres et 340 chevaux, première Cadillac à traction avant. Elle affiche des lignes aiguisées, superbes de rigueur et de proportions malgré des porte-à-faux démesurés et des volumes massifs. Les phares avant sont dissimulés par une trappe intégrée dans la grille de calandre, les roues reçoivent de magnifiques enjoliveurs à sept prises d’air. Le blason Cadillac entouré de sa couronne de lauriers trône au milieu du capot.

La « belle américaine » présentait un état pitoyable quand, pour quelques billets, Lionel en fit l’acquisition. Il la remit en état : les pare-chocs ogivaux déposés, de même que l’énorme calandre, plongèrent dans un bain électrolytique pour briller de chromes tout neufs. De vert-menthe, la voiture fut repeinte en blanc. Lionel proposa sa Cadillac comme voiture de cérémonie et lui-même derrière le volant en qualité de chauffeur.  De plus, il aimait pousser la chansonnette et comme souvent le véhicule était loué pour des mariages, il n’était pas rare qu’on lui demande d’exercer ses talents contre rétribution. Financièrement, il ne s’en sortait pas trop mal. Cela se passa après sa sortie de prison. C’était loin à présent.

Lionel donne quelques coups de pioche supplémentaires, les derniers moellons du mur du fond de son garage volent en éclat, offrant une vue dégagée sur le parking des grands magasins qui jouxtent l’arrière de son habitation. Il est temps, une camionnette vient d’arriver à sa hauteur. Deux hommes débarquent une porte de garage toute neuve et entreprennent de l’ajuster dans la nouvelle ouverture.

Le lendemain, dimanche, l’énorme parking est désert. Lionel termine sa tasse de café, rejoint son garage et s’installe au volant de la Cadillac Eldorado. Télécommande : la nouvelle porte à l’arrière de son garage s’ouvre sur le parking. Contact. L’enfer : huit cylindres s’abreuvent d’essence, goulûment. Bouton noir au centre de la console : la capote se replie dans des frémissements de toiles en frôlant le plafond.

Lionel s’est fait éjecter de sa compagnie d’assurance ; aucune autre n’a désiré le repêcher : deux accidents en dix ans mais trop vieux, le prétexte.

Devant lui s’étend le vaste parking. Aucun grillage, nulle entrave, le fond de son garage constituait une frontière naturelle. Première automatique : une légère poussée de la pointe du pied droit, l’Eldorado glisse lentement, carrosse brillant, creuset de tant de robes blanches et d’habits noirs, pointant les obus argentés du pare-chocs vers la lumière du jour. Derrière le volant, Lionel serre les dents, l’émotion. La largeur du parking lui fait penser à celle de ces autoroutes surdimensionnées comme on n’en trouve qu’aux Etats-Unis, du moins le croit-il. C’est sans importance. Ce qu’il vient de voir, c’est le début de sa vie, du temps où la voie était ouverte à toutes les directions possibles. L’américaines roule à présent entre les rangées d’emplacements vides. Lionel voit sa vie défiler, les artères se resserrer au fil du temps qui passe. Jusqu’à s’engager dans une rue à sens unique. C’est un cul de sac. Lionel comprend. Impossible d’y faire demi-tour, ni même marche arrière, sans aide. Il est seul. Comme dans la vraie vie, il sait : il doit abandonner son véhicule, s’engager à pied en tournant à droite, à gauche, dans une venelle qui serpente entre les dernières maisons. Alors qu’il s’éloigne encore, la venelle se perd en chemin.

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Voyant Rouge

NON VOYANT

 

Les couleurs fanent, avalées dégluties dissoutes.

Elles n’offrent que mémoire de noms.

Jaune me rappelle un soleil de gosse

Tracé au dos d’un parchemin.

Lucile affirme que le bleu est céleste

Que la troisième est coquelicot :

Te rappelles-tu ce sang ?

Ma main vers elle se tend

Elle la prend et l’apprend

La plaque entre ses seins

Sur le grain de sa peau,

Imprime ma ligne de vie.

Rouge ! c’est mon cœur rit-t-elle.

Ma nuit diurne égrène le temps.

Je vois mieux en rêve,

Je songe être voyant.

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Vent d’est

convention BOULANGER 6-01 au 01-02-2014  a)

 

En été, une sente en pente douce. Pas en hiver, pas sous la glace et la neige mélangées, pas sous les branches des épineux trop impatients de s’ébrouer, de se débarrasser de leur blanche couverture pour la balancer sur votre dos, votre crâne, entre vos cheveux et le col. Oui vraiment, lors du mal hivernal, la montée n’est plus que calvaire. Mais on avance, ah ça oui, on avance, on ne demande que cela et on pousse. L’homme d’Eglise trace le chemin, il porte une lance surmontée d’un crucifix auquel est accrochée une lanterne fade. La lance est oblique et la flamme la précède un peu, couchée sur la poudreuse filante afin d’éclairer ses pas. Ses brebis suivent. Ses paroissiens tous larmoyants trépignent derrière lui. La colonne gémit de concert. Les plus costauds portent de volumineux chaudrons d’où sortent sous le vent des buées suspectes et les odeurs encore chaudes de ce qui reste des autres. Dépêchons, on mettra en terre plus tard.

Les hommes transbahutent des paquets ou quelque maigre mobilier, les femmes enveloppent entre leurs seins des enfants en bas âge et les gosses plus âgés marchent courbés sans mot dire et surtout sans rire : cela peut les attirer plus vite, les autres. Mais les autres restent en bavant à l’arrière de la longue file qui voudrait forcer le pas malgré le froid qui grippe les articulations. Les autres ne sont pas humains mais veulent regagner ce qu’ils leurs ont volé. Ils ne les tueront pas tous. Ils les chasseront en s’en nourrissant jusqu’à ce qu’ils quittent leurs terres.

A chaque fois, il faut le remplacer ; aucun volontaire ne se présente jamais. On tire au sort ; le gagnant est le perdant. Il sait qu’il n’y survivra pas, à moins de quitter à temps la contrée qu’ils disent la leur. Et devenu à son tour le dernier de la file, il crie au curé : « dépêchez-vous au lieu de prier ». Mais raide sous le couteau du vent d’est, le curé ne l’entend pas, il n’écoute que son cœur qui lui dicte de prier pour toutes les âmes, pas seulement pour celle du dernier.

On s’y attend mais c’est à chaque fois un cri qui tenaille l’intérieur : le dernier est rejoint par la meute. Le dernier qui portait la lanterne rouge, celle que ce voyant, les loups savaient quand la joindre pour combler leur rancœur et remplir leur gueule.

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DINO

 

L’histoire semble tirée par les cheveux, soit.

En y réfléchissant, ce qui m’en semble étrange démarre sans transition: la concierge madame Grichon semblait incapable de me préciser à quel moment de la journée ou de la nuit le rectangle de plastique vert-de-gris fut fixé sur le mur, juste à côté de sa loge. Une vis à chaque coin, cela fait quatre si je compte bien, et pour les visser ces vis, il a bien fallu que quelqu’un emploie un outil pour les loger dans des trous bien ronds. J’ai vérifié vous pensez bien, la plaque se trouve fixée à un demi centimètre du mur, elle laisse apparaître la qualité des perforations : c’est parfait et ce fut donc effectué par un engin électrique genre perceuse-visseuse-défonceuse-tirbouchonneuse, enfin un machin incapable de laisser les rondes marques de son passage dans le mur, sans faire de bruit.

Or, notre assidue madame Grichon remplit exemplairement son office ; elle a baptisé sa loge : son bureau, et pour que nul doute ne s’immisce dans les conversations tournant autour de sa personne et de la qualité de son travail, elle a fait apposer une plaque émaillée « BUREAI » au-dessus de sa porte, une plaque blanche et bombée entourée d’un liseré noir qui se donne des airs de faire-part mortuaire. Lors de sa fixation porte, un malencontreux coup de marteau sur un clou du côté droit fit exploser une partie de la lettre U de l’émail, raison pour laquelle j’écris BUREAI qui comporte les différentes voyelles de l’alphabet, hormis le son O de bureau.

Et la plaque de plastique vert-de-gris ? J’allais y venir. Il y est inscrit en lettres rouges thermoformées : « Le voyant rouge se trouve au bout du couloir », l’énigmatique phrase étant complétée d’une flèche de même couleur indiquant effectivement le fond dudit couloir. Je dis énigmatique parce que vous vous en serez douté, j’y suis allé voir, au fond de ce couloir : eh bien il n’y a rien d’autre que d’un côté la porte qui donne sur les escaliers qui mène aux caves et de l’autre la porte du locataire du rez-de-chaussée, voisin de la concierge madame Grichon. Mais de voyant rouge, point.

J’empruntai l’escalier de la cave jusqu’aux portes individuelles distribuées sur deux rangées parallèles. Les murs de briques sont peint en blanc, le tout un chouia défraîchi mais propre ; rien à dire concernant la qualité des prestations de madame la concierge. Le seul téton protubérant à la base de l’escalier est l’interrupteur, mais de voyant rouge : nada.

Je ne suis pas plus curieuse que la plupart des gens, juste un petit peu pour ne pas mourir idiote et certainement moins que madame Grichon mais qui pourrait le lui reprocher, cela ne fait-il pas partie des exigences de sa profession ?

Mais cette fois, sa sagacité fut mise en défaut, elle n’avait pas suffisamment fait montre de curiosité ou d’attention pour m’éclairer concernant cette absence de voyant rouge pourtant parfaitement désigné par une flèche gravée sur son rectangle de plastique.

En quittant la cave, je me retrouvai en face de la porte du locataire du rez-de-chaussée. J’avais appris de madame Grichon qu’il s’agissait d’un homme ayant emménagé depuis peu. Mais je ne savais rien de lui. Je ne l’avais pas croisé non plus jusqu’à ce jour.

Toc-toc-toc !

« Entrez mademoiselle, c’est ouvert », fit une voix forte.

J’entrouvris timidement la porte, risquai un œil par l’ouverture et lorsque l’habitant l’ouvrit en grand, je faillis m’étaler dans la pièce.

« Je ne voudrais pas vous déranger, j’aurais juste besoin d’un petit renseignement », lui dis-je.

– A mon tour, je ne voudrais pas vous offenser mais pour les renseignements, rien ne vaut l’encyclopédie de la concierge.

Je ne fus pas sûre de bien comprendre et pour faire diversion, je biaisai en lui demandant comment il savait que c’était une demoiselle qui avait frappé à sa porte.

« C’est tout simple : c’est votre façon de frapper à la porte, le toc-toc est léger, pas du tout comme ceux d’un homme ; je vais vous montrer. »

Là-dessus, de son poing fermé, il frappa trois énormes coups contre le panneau de bois de la porte, ce qui fit sortir de son bureau une madame Grichon complètement interloquée, qui s’époumona à travers la cage d’escalier : « Quelqu’un fait des travaux, là-haut ? »

Cela mit l’homme de fort bonne humeur et je me permis de rire avec lui, ce qui détendit définitivement l’atmosphère.

« Alors mademoiselle, en quoi pourrais-je vous être utile si le renseignement que vous cherchez a échappé à notre cerbère de service ?

– Oh, je ne suis pas toute seule à me poser la question et peut-être la réponse ne me regarde-t-elle pas. Mais je ne voudrais pas qu’une information de nature à préserver la sécurité de l’immeuble et de ses occupants soit mal comprise ou au pire, pas du tout.

Au Pire, dites-vous, pourquoi prononcez-vous au Pire ?

– Mais, parce que cela fait partie de la phrase ! Au pire, l’expression, vous comprenez ?

– Ah ! Désolé, j’avais cru que vous parliez de moi. Mon nom ne figure pas encore sur la sonnette : je m’appelle Pire, Dino Pire, pour vous servir mademoiselle.

– Me servir à quoi ?, dis-je bêtement en regrettant sur-le-champ mes paroles. C’est vrai quoi, ce ne sont pas des choses à dire à un inconnu. Même s’il n’est pas mal du tout de sa personne. Mais le monsieur resta parfaitement courtois.

– Vous servir à quoi ? Vous n’avez pas remarqué mon petit panneau dans le couloir ? Il est placé juste à côté de la loge, enfin du bureau de madame Grichon. Il me semblait pourtant bien visible, c’est regrettable que vous ne l’ayez point remarqué.

– Comment ça ? « Le voyant rouge au fond du couloir », c’est vous ? Avec la flèche et tout ?

– Ah, vous voyez que vous m’avez remarqué.

– Il y a méprise monsieur, je voulais vous demander ce qu’il signifiait.

– Le texte est pourtant simple et fort explicite.

– Peut-être, mais désolée, primo je n’ai pas trouvé de voyant rouge et deusio, concernant l’emplacement où selon vous il devrait se trouver, j’aimerais savoir à quoi il pourrait bien être utile pour la communauté de l’immeuble.

– Mais mademoiselle, le Voyant Rouge, c’est moi… moi tout simplement !

Je restai muette ; mais de quoi parlait-il donc ce bel homme ? Une caricature sexuelle s’imposa dans mon esprit, expansive. Non, ce n’était pas possible ! Il semblait tout à fait bien éduqué, il ne pouvait pas avoir expressément osé m’aiguiller vers cet endroit-là !

– Désolé mademoiselle, je vois que vous rougissez. Cela m’est déjà arrivé une fois, sans conséquence dommageable n’ayez crainte. Mais je corrige : il s’agit de mon nom de théâtre. En réalité je suis médium extra-lucide et toujours à la recherche de travail, j’ai pris l’initiative de demander au propriétaire de l’immeuble l’autorisation d’apposer cette plaquette pour indiquer aux éventuels visiteurs la direction de mon logis.

– Ah, vous êtes voyant ? Mais pourquoi rouge ?

– Cela remonte à plus d’un siècle, c’était en 1905, le 31 mars précisément. William Frederick Cody y présenta sa troupe lors du Carnaval de Paris.

– William qui ?

– Frederik Cody, vous devez connaître le personnage, il a participé à la quasi extermination des bisons des grandes plaines.

– Buffalo Bill ? Mais que faisait-il à Paris ?

– Il dirigeait sa troupe théâtrale et fit défiler ses cavaliers qui se joignirent au Cortège à la Place de la Concorde. Les indiens avaient la tête et le dos ornés de longues plumes de couleurs variées, la lance à la main. C’est du moins ce que j’en ai lu.

– Je ne vois toujours pas ce que le voyant rouge vient faire là-dedans.

– J’y arrive, nulle impatience. Il s’agissait de mon arrière-arrière-grand-père, Dino Pire. Lui-même faisait partie des gens du théâtre et il rencontra William Frederick Cody lors d’une représentation dans un grand café-spectacle de la capitale. Il s’y fit fort remarquer grâce à ses dons de voyance. En fait, il s’était surtout bien renseigné à propos du passé de Cody et lui en mit plein la vue.  Ce dernier ne fut sans doute pas dupe mais trop heureux de cette publicité, il invita mon grand aïeul à participer à sa grande parade en revêtant une tenue d’indien, sans le cheval s’entend, il en serait tombé.

– Ne me dites pas qu’il avait un voyant rouge sur la tête ?

– Vous ne comprenez toujours pas ? Mon grand parent avait été déguisé en peau-rouge. A partir de cette date, les affiches ne firent plus jamais mention de Dino Pire qu’en toutes petites lettres. Par contre, en caractères énormes, au-dessous de sa photographie, apparut dorénavant son nouveau nom de scène : « Le Voyant Rouge ».

– Que vous avez repris pour votre compte ? Mais Dino, ce n’est pas votre prénom ?

– Non, c’est Daniel. J’aimais bien Dino à cause de l’anagramme.

– L’anagramme ?

– Oui, c’est Pied-Noir, comme l’indien.

– Drôle de hasard.

– Je ne sais pas, j’hésite.

– Excusez-moi, vous êtes vraiment voyant ?

– Devinez. »

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Chapeau !

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meeting de 1963 à  Beauvechain: foule estomaquée en découvrant le Mirage de la Force aérienne belge s’évanouir en chandelle après avoir rasé les couvre-chefs de la Maréchaussée.

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